JEUDI 3 AVRIL 2008 - LIMINALITÉ

3 avril 2008

La douleur, bien-sûr. Rien d’insoutenable, simplement la lancinance, les chairs qui tirent en se refermant, le sang qui suinte parfois, les poils qui repoussent, drus et sombres, et qui abrasent la chair striée d’ourlets noirs. Les nœuds, coquets, qui remplacent le frein ancien. La rougeur irisée, parfois verte, de l’éosine que dépose chaque matin le bâtonnet ouaté. La chair boursouflée, grotesque, qui déborde comme un rôti obscène mailloté d’une barde porcine, si incongrue ici : ce geste signifie précisément son impossibilité, la sortie du monde des soies roses et grises, l’entrée chez le mat, chez l’ocre, la révérence, sous le portail sémite, de ma bite suppliciée.
Au soir, même quand Paris se couvre de glace, ils s’aiment dans le petit square au bas de mon escalier. La kipa posée comme un nénuphar sur sa tête brune et rasée, il est assis sur ses genoux, comme une mère-amante, elle le caresse et au sourire de ses baisers infinis je sais qu’il bande sur ses vingt ans. Demain je serai comme toi, lui dis-je en passant furtivement — ils sont aveugles à nos regards — à la veille de la coupe sacrificielle.
Dans son coin de ciel, Van Gennep ricane. Séparation, liminalité, agrégation, souffle-t-il sur mon monstre peinturluré. Croyais-tu que ton âge t’exemptait du passage, que tu ne paierais pas l’octroi ? Tu n’es pas eux, petit homme, pas encore. Orgueil défait, encore exilé dans les limbes, je vois dans le métro mes amants frisés défiler comme des rois, oppressants de beauté, et entre leur cuisses le sceptre que je n’ai pas encore mérité : souffre encore, susurrent les enfants de six ans qui les habitent, et se tenaient jadis jambes écartées dans leurs robes de coton.

MARDI 30 OCTOBRE 2007 - MANTEAU

30 octobre 2007

Le Pacha est une couleuvre. Mais heureusement, il a des amis et un habibi. L’ami, c’est le jeune Bey de Cité-Jardin, qui fournissait dans le post précédent un compte-rendu précis du Cinéma des Amours pendant Ramadan. Aujourd’hui, c’est le habibi qui, pendant que le Pacha pousse ses wagonnets dans les couloirs obscurs de la mine du travail salarié, cherche un palais au Caire — l’éponyme ayant été depuis longtemps annexé par l’Etat Républicain (ou plutôt la République dynastique) au pouvoir. Et c’est le habibi qui envoie sa missive quotidienne :

Elle porte un voile blanc autour du visage, les pieds nus. Elle est assise sur le sol près de l’entrée, avec sa mère? grand-mère? et sa soeur? sa tante? Elles écossent des petits pois pendant que je refais le tour de l’appartement. Un sauce tomate bout dans la cuisine.
Elle s’appelle Hind, elle a trente-et-un ans. Et elle est célibataire. Les cernes sous ses yeux contredisent son sourire et son regard charmants /-eurs.
Oh, il est français? Peut-il me rapporter un manteau de Paris?
Elle court dans sa chambre et rapporte un “manteau” noir, sorte de cape de diva en laine et 10% de cachemire, avec un col de fourrure. Elle veut le même, mais avec plus de fourrure (”double”, en anglais dans le texte) et de couleur or, assorti aux franges des rideaux et à la peinture des colonnes.
Je ne connaîtrais pas un homme célibataire qui voudrait épouser une égyptienne? Un Français. Elle aime beaucoup les Français, depuis l’occupation française de 1798, depuis toujours. Elle a préparé la boisson des pharaons en notre honneur, mélange d’hibiscus et de datte chinoise… lazeez… Elle sourit. Howwa lazeez.Il est délicieux. Howwa, c’est moi. Je lui dis quelques mots en arabe. Elle veut bien m’apprendre l’arabe si je lui apprends l’anglais.Mais avec un mari comme moi, elle pleurerait tout le journée, car on en se comprendrait pas, dit-elle en mimant des larmes sur ses deux joues. Elle veut me préparer un plat égyptien, me montrer l’hospitalité égyptienne, prouver qu’elle saurait bien cuisiner pour son mari. Oui, un Kochari. Et quand elle viendra en France, je l’inviterai à manger.
Je pensais être venu pour un appartement, j’ai l’impression qu’on cherche à me marier. Même si je n’achète pas l’appartement, je dois venir manger et ne pas oublier le manteau doré. Hesham pense à un de ses amis à Dubai qui cherche une femme. Nous la rappelons, mais elle ne peut nous parler : elle prie. Elle rappelle et semble intéressée par l’homme de Dubai. Mais le potentiel fiancé, lui, ne l’est plus quand il apprend son âge. Elle est trop vieille. Les femmes sont invivables après la ménopause. Lui, il a 29 ans et demi. Hind ne sort pas beaucoup, ne rencontre que peu d’inconnus ou d’époux potentiels. Elle est belle, fine, charmante, elle fait bien la cuisine, elle est pieuse. Elle cherche un homme. Un homme. Un homme.

LUNDI 8 OCTOBRE 2007 - LETTRE DE MON AMI

8 octobre 2007

Pour répondre à ton post désespéré, mon cher Pacha, sache que Le Caire ne connaît jamais la disette noire. Et quel plus beau cadeau de Ramadan qu’un Ali Baba ouvrant quotidiennement ses lourdes grilles vertes pour la rupture du jeûne érotique. Griller sa cigarette au dernier rang du paradis en attendant que le générique, maintes fois vu et jamais vraiment vu, de “Sahar al-Layali” veuille bien lancer les tendres hostilités. Observer pour la première fois, à la faveur des méchants néons striant les ailes jaune poussière du rez-de-chaussée, les détails de ce visage métallique féminin aux traits curieusement mexicains dont la chevelure s’éparpille en volutes au-dessus d’une lampe magique. Mater du coin de l’oeil cet homme qui engloutit un deuxième sandwich à la purée de fèves tout en se caressant l’entre-jambe, avant de détourner son regard et de le noyer dans la vaste mer de crépit tout gris, tout grumeleux, au-dessus de nos têtes. Compter les sièges encore vaillants de la rangée, se dire qu’ils ne sont vraiment pas nombreux, s’étonner qu’une peinture à peine écaillée les recouvre encore : ils sont bordeaux rouille ; parcourir le sol jonché de mouchoirs en papier, rabougris, aplatis, foulés depuis on ne sait trop combien de temps par des arpenteurs à la démarche traînante. Suivre des yeux l’entrée des “spectateurs” dans l’arène. Chacun abaisse son siège, prend place, le regard fixé sur l’écran sans vie. Soudain, le noir se fait. L’iftar des hommes seuls peut commencer.

Bises,
Le Bey de Cité-Jardin

MARDI 25 SEPTEMBRE - DISETTE NOIRE

25 septembre 2007

— Non, la j peux pa, c ramadan
— Euh, si tu jeûnes, qu’est-ce tu fous ici ?
— Je drague pa, c tout
— Mais c’est un site de drague, bordel !
— T hyper agressif
— Suis hyper en rut
— [Ton correspondant a bien reçu ton message. Il(elle) n’a pas souhaité te répondre maintenant, sans doute a-t-il(elle) d’autres conversations en cours… Bons chats !]

SAMEDI 1 SEPTEMBRE 2007 - BRAS

1 septembre 2007

Je ne sais pas si je te ressemble. Il me faut des photos pour revoir ta figure. Tout s’efface, tu sais. Tu as le nez camus, les yeux et les cheveux noirs. Tu as les bras blancs et le teint mat. Tu es plus jeune que moi. C’est ta première voiture, je crois. Tu dois avoir les jambes un peu serrées, repliées et comprimées dans cette caisse de tôle, mais tu es petit, tout comme moi. Et tes bras, un peu maigres, sont heureux de tenir un volant.
Le jour où tout s’est arrêté, je suis allé voir ta soeur, je suis allé voir ta mère. Ta soeur est tombée dans mes bras, elle se demandait ce que je faisais là, dans son appartement de la rue de la Réunion, un après-midi de semaine. Ta mère nous a vu venir, les yeux rouges, et elle a crié : “Qu’est-ce que vous êtes encore venus me dire ? “, et puis elle a ouvert la lourde porte de fer, en grommellant non, non, non, et elle aussi elle est tombée dans mes bras. Je ne sais pas pourquoi elle a dit “encore”. Elle a voulu voir son petit dormir, nous l’avons amenée vers toi, dans une voiture aussi petite que celle-là. C’était ma première voiture. Mais j’ai de plus gros bras.

SAMEDI 4 AOÛT 2007 - VACANCES A LA FERME

4 août 2007

En mélangeant le sable gris avec des pétales de rose, on obtient des tartes au fruits, tandis qu’en mêlant de la terre brune avec des pistils de bleuet et de pissenlit, ce sont des religieuses. Sur le petit muret devant le moulin, il faut aligner les gâteaux, balayer avec un pinceau de marguerite tous les interstices, préparer un cadre de mousse pour l’étal, œuvrer sans relâche pour que chaque confiserie apparaisse pure, beurrée et luisante dans la vitrine de notre boulangerie. Ma cousine ne mêle pas assez vivement les fleurs à la poussière, et je rudoie mon incompétent mitron, les clients vont fuir ! Il faut inventer de nouvelles spécialités, décorer nos saint-honorés de brins d’herbe fraîche, nos vacherins d’une brindille plantée à cœur. Quand c’est une vraie mûre que nous plantons au sommet de l’édifice minéral, nous dévorerions presque les petits cristaux de quartz ocre. Les heures passent sans ennui à ouvrir et fermer boutique, à nous hypnotiser devant nos inventions, à faire les comptes de nos précieuses confiseries. Bonjour Madame la marchande, je voudrais deux gâteaux. Nous nous saisissons de nos pâtés de terre, et avec des précautions infinies, de celles dont nos mères nous croient incapables quand il est affaire de leurs trésors de grandes personnes, nous glissons sur la paume ouverte de nos clients rêvés des choux à la crème de pistache, une pincée de paille mouchetée de glands. Mais c’est toujours toi qui veut faire la marchande, se révolte ma cousine, boudeuse, lasse d’être le client moustachu que je lui ordonne encore d’incarner.

JEUDI 19 JUILLET 2007 - SULFATE DE CUIVRE

19 juillet 2007

Les cristaux fondent dans la casserole émaillée de ta mère, sur le feu de la cuisinière. L’eau devient lagon, mer de Cassis ou de Caraïbes. Pour fabriquer une grappe de cristaux, pour créer une gangue bleue, il faut une solution saturée, et la laisser refroidir dans un bécher. Je te dis bécher comme je dirais salière ou éther, comme un mot si commun que tu ne pourrais l’ignorer. Mais tu me demandes ce que c’est et je te montre d’un air d’évidence exaspérée le verre de pyrex gradué au col évasé. Nous ne faisons pas encore de chimie à l’école, et quand nous en ferons elle ne nous intéressera pas. Les équations n’auront jamais la couleur de vin du permanganate de potassium, son odeur métallique et violette, ni le turquoise du sulfate de nickel.
Nous plongeons dans la solution encore brûlante un cristal saphirien de sulfate de cuivre, entouré d’un fil de soie, lui même relié à un bâtonnet posé à travers le bécher. C’est la méthode infaillible pour obtenir un immense cristal, que nous offrirons à nos mères, que nous exhiberons fièrement. Mais la solution est trop chaude, et le plus gros cristal que nous avions fait pousser la dernière fois fond sous nos yeux horrifiés, le fil de soie pend, mort, dans le verre de solution bleue. Montasser, ton petit frère, nous demande ce que nous faisons et nous le chassons violemment de la cuisine. Nous en avons presque les larmes aux yeux. Il aurait fallu attendre que le liquide tiédisse. Mais nous ne pouvons pas attendre, nous voulons le gros cristal maintenant, l’attente même d’une nuit est insupportable. Il faut recommencer, encore, comme la dernière fois. Attendre demain matin qu’au fond du bécher se soient déposés de nouveaux saphirs.
Sur la table du salon, Madame El Sayed a ouvert le livre de classe et nous convoque. La couverture de carton rose se délite. Le drapeau tricolore de la République Arabe Unie est fièrement tenu par un garçonnet qui te ressemble. Les lettres nouvelles sont en rouge. alif, ba, ta’, tha’, guim… Ga-ma-loun, un chameau. Ba-qa-ra-toun, une vache. Nous traçons nos lignes d’écriture sous le regard de ta mère. Deux lignes pour chaque mot, qu’elle corrige sur la toile cirée. Posé au coeur de la table, le bécher aux reflets d’azur irise nos alifs. Ton frère aimerait apprendre, comme nous, mais il est encore trop jeune. Il aimerait descendre, comme nous, jouer à la cave, mais il est trop jeune, aussi.

VENDREDI 29 JUIN 2007 - AFKAR

29 juin 2007

And what about simply letting it go ? What about merely watching handsome men having sex together ? And what about simply pigging out on mousse au chocolat and graisse de fucking canard, and remembering the hunks, a box of hankies in the right hand (I’m a lefty, actually…) ? What about thinking : Cinema Soheir doesn’t exist anymore. Le Louxor doesn’t exist anymore. La Scala doesn’t exist anymore. They don’t exist anymore (Oh! Come on, Genéral*** : since when are Pomaks acceptable as “thems” ?). What about simply getting drunk on (expensive) wine, listening to her (yes, you know who I’m refering to) in some concert of the late 50s and fucking letting it go ?
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Elle va mieux.
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Ca va me reprendre, mais en ce moment, ca ne me reprend pas (prétérition?). Evidemment, il ne restera personne.
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Le corps. L’identité du corps. Irresoluble.
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Elle avait vingt ans. Elle militait à une cellule du… je ne sais plus, FPLP ? PPS? quelque chose comme ça, dans ce Beyrouth ensoleillé d’avant. Et quand il venait la chercher, klaxonnant en dessous de l’immeuble du Parti, elle lui lançait en jupe courte et blanche depuis le balcon : il me reste encore la critique et l’auto-critique et je descend. Et j’y pense dans le métro et éclate de rire dans le froid de presque juillet. Et il fait alors presque chaud.
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Personne n’a jamais demandé pourquoi cette section s’appelle samak laban tamar hindi.
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متى يهدأ هذا الطائر الذي في صدري ؟

JEUDI 29 MARS 2007 - MERES (2)

29 mars 2007

J’ai deux mamans. Une qui fume et une qui ne fume pas. Une d’opale et une de cuivre. J’ai quatre ans, pas même encore quatre ans et Paris est sans dessus dessous. Papa n’a plus d’essence pour la voiture, les grévistes sont dans la rue, et l’une des deux est partie faire le guet. Maman fait le piquet, comme tout le monde au mois guilleret, aux cerises parfumées, sous la fenêtre de Sartre, pour le protéger — en avait-il bien besoin, de ces jolies jeunes mères ? La révolution est aux portes, le Général en Allemagne, et moi je tourne autour des grilles de platanes : je me prends pour un électrophone. Maman est sous les fenêtres du Maître, mais elle est aussi à Rabat, pour renflouer les caisses de l’Etat — c’est ce qu’on m’a dit, en tous cas. Ce mois-ci, je crois que je connais toutes les marques de voitures, j’adore les carlingues, je leur lèche les pneus dans les rues, je m’élance sous les capots, et les voitures doivent piler. Maman me gronde, toute cette crasse dans la bouche, toute cette fumée dans le corps, tout ce goudron dans mes bronches. Elle fume, des Gauloises, sans filtre, des vraies, des cigarettes de ces années-là. Pas quand elle chante à Rabat, mais ce n’est plus tout à fait la même femme, en ces moments de joie. Celle de Rabat se dit ce soir qu’il faut en finir avec toutes ces bêtises, ces guitares électriques, ces orgues psychédéliques, ces tambours vulgaires, ces airs pour danseuses, ces cheveux longs, tous ces hippies à Beyrouth et à Paris ; elle se dit qu’il faut revenir au bon vieux temps, comme pendant la guerre — mais laquelle ? Pas celle de l’année dernière, qui l’a faite pleurer, non, celles d’avant, vous savez… Est-il vrai que l’amour rend malheureux ? C’est ce qu’elle demande à la salle, les spectateurs applaudissent maman. Ils ne se demandent rien, en fait. Ils la regardent se tordre sur scène, ils la voient torturée, ils observent le mouchoir vert qui s’envole entre ses mains, ils guettent les atomes qui sortent de ses poumons, et s’extasient de respirer le même air qu’elle. Aujourd’hui, maman est morte. Alors je l’écoute dans le poste, je l’écoute à Rabat. Maman ne fume plus, parce qu’elle a perdu un quart de poumon, la semaine dernière. Aujourd’hui, ils ont dit à maman que c’était bien cancéreux. Que les petites cellules mangeaient son poumon, depuis longtemps. Qu’elle n’a plus droit au Gauloises, plus jamais. Ils ne lui ont pas dit qu’elle allait mourir, parce qu’ils n’en savent rien. Déjà que maman ne peut plus chanter, maintenant elle ne peut plus fumer, non plus. J’ai deux mamans, et celle qui est morte me dit que l’amour rend malheureux. Celle qui ne l’est pas dit que mon amour la rend heureuse, et qu’elle ne fumera plus. Qu’elle ira combattre les petites cellules. Mais quand je quitte l’hôpital, et que ma maman morte me dit qu’elle regrette, qu’elle se repent, mais que les regrets ne servent à rien quand on est face à son destin, j’ai des petites larmes, grosses comme des cellules malades, qui me coulent lentement dans le poumon.

Huwwa Sahih, concert de Rabat, 1968

LUNDI 19 MARS 2007 - CROSSOVER

19 mars 2007

— Mon petit Jawad, c’est l’heure d’aller voter ?
— Non, Madame R. Dans deux mois, encore. Là, c’est l’heure d’aller se laver.
— Je suis propre. J’ai toujours été propre. Même quand je vomis sur vous, sur mes amants, sur Marguerite, sur mon ami Pierrot, sur Cherry Ice. J’ai toujours été propre.
— C’est qui, tous ces gens-là ?
— C’est moi, mon petit Jawad, c’est moi. Vous allez voter pour moi ?
— C’est ça.